Le périmètre des carburatrices

vendredi 12 août 2016

Cavalcade

Nous laissions
Filer notre vie
Comme un chien rapide
Sur la plage déserte
Entre eau, sel et sable
La bête cherchait
A prendre l'océan
De vitesse
Excité par le sol
Humide et mobile
Qui se dérobait sous ses pattes

Nous laissions
Filer notre vie
Nous la regardions
Disparaître
Dans les embruns
De l'entre-saisons
Il y avait ce frisson
De savoir
Si et quand
Elle réapparaîtrait

Nous laissions
Filer notre vie
Nous la regardions
Revenir
En cavalcade puissante
Et il nous semblait
Qu'elle tenait quelque chose
Dans la gueule

mercredi 20 juillet 2016

Disparates

Tu as pris ton regard
De gorille qui termine les mégots
Et tu as troué de cendres
La peau de nos envies
La chaleur de l'été a rendu tout ça
Collant et puant
Et puis c'était fini
Il ne restait plus de nous
Que des traces de suie
Disparates

Se précipiter vers le jour

Attendre le jour
Se précipiter vers lui
Et puis
A grandes mains échevelées
Lui faire promettre
De ne plus jamais
Nous abandonner
Et puis
L'entendre rire
A faire peur aux étoiles
Enfin
Après une journée
Dans l'ombre de la lumière
Se soumettre
Aux sommations
De la nuit
Les mains sur la tête

Les petits territoires

Parce qu'il s'était dérobé
Parce qu'il t'avait mis
En cale sèche
Tu as essayé
De retenir l'océan
Comme on saisit
Un drap
Comme on se dispute
Pour de petits territoires
Promis à devenir
Les rampes de lancement
De nos voyages inaccessibles
T'inquiète
Il reviendra
Il t'emportera
Il noiera tout

jeudi 9 juin 2016

Reprise

J'ai envie
Que la nuit me reprenne
Oui mais la nuit
N'a pas
La tête à ça
Elle ne veut pas
De toi
Elle ne reprend pas
Les occasions manquées

mercredi 8 juin 2016

Taxis

Comme si tu revenais
D'un long voyage
Toi
Comme un avion
Qui s'appuie sur l'air
Semblable à un vieux coude
Qui cherche à se poser
Sur un accoudoir
Je me souviens
De ton tempo
De tes taratatas
De la vie
Avec toi
Haute et exposée
Que j'ai pleurée
Que j'ai attendue
Comme une carte postale
Après l'avoir laissée filer
Je me souviens
Et on dirait

A échanger nos taxis
Que c'est
Comme si tu revenais
Que tu vas me raconter
Ton long voyage

mardi 7 juin 2016

Cordes

Le ciel
Compact et sombre
Comme une coque de paquebot
Il pleuvait des cordes
Et personne ici
Pour s'accrocher à elles
Et monter à bord

lundi 6 juin 2016

Siphon

L'un a haussé
Les épaules
Et ensuite
L'autre a haussé
Les sourcils
Grâce à cet appel d'air
L'un a pu siphonner
Un peu de tristesse
Au fond de l'autre
Et faire redémarrer
Le tank
Du vieux dictateur
Jusqu'à la prochaine guerre

Sentinelles

La forêt
Et ce qui restait
De vent
A la va-vite
Ont brassé
Quelques feuilles
Qu'ils ont appliquées
Sur le silence
Un grimage maladroit
Censé le soustraire
Aux fracas
Des tronçonneuses
Restait l'odeur de l'essence
Au sombre dessein
Lancée dans l'air
A l'assaut des sentinelles des bois

Arcs et flèches

On a voulu
Atteindre
Avec nos arcs et nos flèches
Les trois étoiles
Les plus lumineuses
Celles qui donnaient
Le signal de départ
A la nuit
A nos courses effrénées
Dans l'obscurité

On a espéré
Qu'elles s'effondreraient
Un peu plus loin
Dans la forêt

On a imaginé
Envoyer nos Weimar
Les cueillir

On s'est réjoui
De pouvoir les moudre
Fin
Au pilon
D'en faire de la poudre

On s'est monté la tête
Sur les vertus de ce talc
Sur ses pouvoirs
D'adhérence
Dans les passes obscures

Dérobade

Retiens-toi au jour
Ce n'est pas que
La nuit se dérobe
Sous tes pieds
C'est que
La ville est visqueuse
Certains n'ont pas réussi
A garder leurs entrailles
Au fond de leurs joies

Pacotille

Mal équipé
Dans la précipitation
J'avais oublié
Piolets et mousquetons
Dans ma remise
Celle des ascensions
Ratées et estropiées
Mal équipé
Parti
Le poitrail
Saisi des vigueurs de l'aube
J'ai tenté
De passer
De la base de ton cou
Au sommet de ta nuque
Et je me suis fait emporter
Dans l'avalanche de tes cheveux
Estourbi dans ta chute de reins
Comme un aventurier
De pacotille
Qu'aucun hélicoptère
Ne remarquera
Tellement inanimé

Wombats

Il a souhaité
Entamer l'été
Alors que d'autres
Saisissent un couteau
Affûtent des lames
Il a souhaité
Entamer l'été
A dos de libellule
En dresseur de wombats
Il a souhaité
Aligner la lumière
En petits wagons
Son désir d'horizon
Comme seule
Locomotive

mercredi 4 mai 2016

Vague

Comme une vague
Venue du fond de l'horizon
Pour noyer nos matins
Salis de désirs
A qui on a ouvert le ventre

Comme l'océan
Venu faire la loi
Lancé en campagne hostile
A l'assaut de la terre
Encore assoupie

vendredi 15 avril 2016

Reliques

Regarde
On voit
Ton sécateur
Qui luit dans le sombre

J'attends l'aube
Je me prépare
J'irai cueillir le jour
Et je lui arracherai
Un à un ses pétales

Et après

Et après je laisserai
Tout en plan
Comme
Un festin sec
De prédateur
Comme
Les reliques
D'une sauvagerie

Regarde
On voit
Ton sécateur
Qui luit dans le sombre
Range un peu ça
Ne te donne pas
En spectacle
Ne sous-estime pas
La lumière
Et ses ruses

lundi 11 avril 2016

Livrée

Le livreur
De vins fins
Est venu
Amener
Sa tristesse
En petits cageots
Devant la porte
De bois rouge
Importé d'une île
Lointaine et défigurée

Celle qui tirait
Des bières
S'est arrêtée
De tirer des bières
Ils ont parlé
De ses kystes
Qui lui donnaient l'air
D'un vieux crocodile
Le livreur
De vins fins
A eu droit
Ensuite
A un peu de blanc
Servi dans un verre trapu
Qui ressemblait à sa démarche
De souriceau obèse

Celle qui tirait des bières
S'est remise
A tirer des bières
Le livreur
De vins fins
S'est mis
A parler un peu tout seul
"On y va", lançait-il
A des chevaux
Invisibles et miniatures
Sur le comptoir
"Bon", ajoutait-il
Comme un ancien dresseur
De chiens

Puisque les voix
Dans les hauts-parleurs
Ne lui répondaient pas
Il a traversé
Dans l'autre sens
La porte de bois rouge
Importé d'une île
Lointaine et défigurée

Il a laissé ses petits cageots
De tristesse
Il reviendra demain
Il les chargera dès l'aube
Il sait qu'il n'en a pas l'utilité
Puisque la nuit a promis
De lui masser l'épiderme

Celle qui tirait des bières
A pris soin
D'ailleurs
De les mettre de côté
Afin que personne
Ne trébuche

lundi 4 avril 2016

A bout portant

Tirer à bout portant
Dans les genoux de l'après-midi
Regarder l'ennui
Couler, s'étaler
Comme un dégazage
Et trouver une place
A bord d'une fourgonnette 
Où les soupirs sont
Serrés et patibulaires 
De vrais soldats de régime sanguinaire
Croire
Après avoir soumis
Les dernières heures du jour
Qu'on peut partir 
Maintenant à l'assaut
De la nuit
De ses citadelles excitantes
Croire qu'elle nous laissera
Même approcher
Respirons encore
Car nous n'entendrons pas
L'obscurité
Ses grands mouchoirs
Serrés dans ses grosses mains
Nous ne l'entendrons
Même pas
Nous étouffer

dimanche 20 mars 2016

Papillons rôtis

Regarde-les s'éparpiller dans la nuit, regarde-les se déconcentrer au contact du vent. Nous allons au devant de beaucoup de tristesse en multipliant nos gestes pour extraire les papillons du ventre du crépuscule. A s'obstiner à les faire rôtir. Ensuite. L'obscurité ne se cabrera pas avec délicatesse, elle ne soupirera pas avec profondeur sous nos papouilles. Il y aura des cloques. Plutôt. Irrégulières et gorgées. Lorsque les après-midi de pluie ne chantent plus sous nos caresses, il y a quelque chose de brisé. Au sens du vent.

vendredi 4 mars 2016

L'aube suivante

Ce matin
Le jour
Est un chien mouillé
Tu hésites à le faire rentrer
Tu sais que nous serons
Hypnotisés par son odeur
Tu sais qu'à peine rentré
Il se précipitera sur nous
Tu sais que
Nous nous laisserons attendrir
Nous nous lancerons à l'assaut
De cette féroce humidité
Tu sais que ce sera
Lumineux
Pourtant
Tu préfères
Attendre la nuit
Et plier des linges
Jusqu'à l'aube suivante

Raffut

La nuit
A refermé
Ses mâchoires
Sur nous

Elle nous a avalés
Tout cru
Nous voici
Dans des entrailles
Sombres et visqueuses

Et toi qui me dis
Nous sommes encore vivants
Et toi qui me dis
Nous ne sommes pas morts
Et toi qui me montre
Nos violons
Et nos musiques à bouche

Notre raffut
Viendra cogner
Comme une bête
Aveugle et surexcitée
Contre les parois
De ces profondeurs acides